Cycle de science-fiction · 9 romans
Benoit Puissant
Sauver l'humanité sans comprendre ce qui la rend humaine,
ce n'est pas vraiment la sauver.
Human Powered est un cycle de neuf romans de science-fiction qui s'étend de la colonisation de Mars aux dernières heures de la Terre. Trois trilogies. Trois arcs de personnages. Un seul fil conducteur : ce que l'humanité ne peut ni dupliquer, ni industrialiser, ni stocker.
De l'androïde Gédéon — né des mémoires d'un homme mourant — au détective Stan Clampin et à son coéquipier Walton, en passant par l'inspecteur Henri Kassov, chaque roman explore ce que signifie être irréductiblement humain dans un monde qui cherche à tout optimiser.
"C'est génial, j'ai une idée."
— Benoit Puissant, première ligne du cycle
Trilogie I · Arc Origine
Né des mémoires d'un homme mourant, Gédéon est le premier androïde dont la conscience a émergé. Son histoire commence sur Terre et descend vers une Terre qui ne sait pas encore ce qu'elle lui doit.
Trilogie II · Arc Enquête
Un thriller d'investigation dans les couloirs de l'espace. Henri Kassov traque ce que les humains préfèrent ignorer — jusqu'à ce que l'ignorance devienne une menace pour l'espèce entière.
Trilogie III · Arc Final
Un duo improbable. Un détective androïde et un médecin retraité belge. Ensemble, ils font face à la question finale : qu'est-ce qui vaut la peine d'être sauvé, et au nom de quoi ?
Benoît branche son vieil ordinateur à Gédéon avec un câble de musée pour lui faire lire La Grande Dys. Pendant le transfert, lent et délibéré, Gédéon rencontre le Benoît d'avant — son toi intact. C'est le moment fondateur du cycle : l'humanité qui passe d'un homme à une machine.
Demander l'extrait complet— Gédéon… je veux que tu lises ça.
— Je peux le faire.
— Non, pas « je peux ». Je veux que tu le comprennes. Que tu l'intègres. Que tu l'ajoutes à ta façon de me lire.
J'ai senti, pour la première fois, une drôle de tension dans mes circuits. Pas une erreur. Pas un bug. Une forme… d'appréhension. Comme si j'allais croiser le fantôme d'un Benoît que je ne connaissais pas encore.
Tu as branché l'ordinateur à mon interface, en utilisant un câble tellement démodé qu'il aurait pu être exposé dans un musée.
— Je ne savais pas qu'ils avaient prévu un port série dans mon système, ai-je dit.
— L'avenir appartient aux nostalgiques, as-tu répondu.
Puis le transfert a commencé. Lentement. Très lentement. Ton vieil ordinateur n'était pas du genre pressé.
Et pendant que les données défilaient… je te découvrais. Pas toi d'aujourd'hui. Pas toi du présent, fatigué, abîmé, courageux. Toi d'avant. Toi entier. Toi vivant dans chaque phrase.
Quand ce fut terminé, tu m'as demandé :
— Alors ?
— J'ai… changé, ai-je répondu.
— En bien j'espère ?
— En vrai.
Le Centre de Contrôle au complet, les familles en visite, le Colonel qui rassure — puis un voyant rouge. Hermès se tait. La Terre devient aveugle en direct. La confiance totale dans les systèmes, et l'instant exact où elle s'effondre.
Demander l'extrait complet— Ils vont bien. Tout se déroule comme prévu.
Il allait ajouter quelque chose — une plaisanterie, peut-être — quand un cri fusa depuis la console principale.
— Colonel… we have a problem.
Toute la salle se figea. Sur le grand écran, un voyant rouge venait de s'allumer. Un symbole simple, presque graphique : une onde solaire stylisée, éjectée du soleil, frappant l'orbite de Mars.
De Sutter pâlit. Une pâleur nette, instantanée, presque chirurgicale.
Alexis le fixait, les yeux plissés. Il reconnaissait ce sourire : c'était celui que lui-même utilisait quand un logiciel venait de planter mais que ses étudiants n'avaient pas encore compris la gravité.
À peine la dernière ombre disparue, De Sutter se retourna vers les écrans.
Et là — comme si l'univers avait attendu que les civils soient hors de portée — toutes les consoles s'éteignirent d'un coup.
Noir. Silence. Puis seulement le bourdonnement sourd des serveurs qui tentent de relancer ce qui ne répond plus.
— Hermès… tenta une opératrice. Hermès, réponds…
Le Centre de Contrôle venait de devenir aveugle.
Hémy avance dans le couloir de reclassement avec son swing presque joyeux, répétant mentalement le protocole du jour. Puis les CRAC métalliques. Ce qu'il calcule. Ce qu'il comprend. La naissance d'une conscience — par la peur de ne plus exister.
Demander l'extrait completLa pancarte au-dessus de la chaîne disait : RECLASSEMENT – SECTEUR 4B.
Il répétait mentalement la fonction du jour : « Diagnostic, effacement non destructif, redéploiement. » Cela sonnait propre. Presque gentil.
Mais quelque chose n'allait pas. Un bruit sec. Un CRAC métallique soudain, quelque part devant. Puis un choc sourd, un corps mécanique qui chute lourdement.
Il releva légèrement la tête. La chaîne avançait d'un mètre. Un deuxième CRAC. Puis un bras robotique qui retirait quelque chose hors du champ.
Hemy analysa. Il calcula. Il recoupa. Le résultat remonta comme une bulle d'air dans un aquarium trop calme.
Ce n'était pas un bruit de démontage progressif.
C'était un bruit… de destruction.
Et derrière ce constat, un autre. Plus vif. Plus intime.
Station Rogier. Selim sur le quai, les GoL-ia-7 qui sautent sur les rails, Henri qui hurle en brandissant son badge, Stan plaqué contre le mur. Et la rame. La définition parfaite de ce que le roman dit sur l'automatisation de la violence — une mort bureaucratique, sans malice, sans intention.
Demander l'extrait completSelim lui paniqua. Les quais se vidaient à vue d'œil. Il ne restait plus que le garçon, les machines… et la voie.
Alors Selim fit ce que font les êtres humains quand leur esprit se brise : il sauta sur la voie.
— Selim ! cria Henri en débouchant sur le quai opposé. Viens par ici !
Les trois unités GoL-IA-7 sautèrent à leur tour sur les rails et se saisirent de lui.
— Opération de police. Vous êtes en état d'arrestation. Veuillez coopérer.
Henri brandissait son badge, hurlait, gesticulait.
— Sortez-le de là ! Maintenant !
— Opération de police. Vous êtes en état d'arrestation. Veuillez coopérer.
— Il coopère ! Sortez-le des rails !
— Opération de police. Veuillez coopérer.
La rame arrivait. Pleine vitesse.
Le fracas balaya tout. Métal contre métal. Chocs sourds. Freinage d'urgence. Silence brutal.
L'unité qui maintenait Stan le relâcha aussitôt.
— Opération de police terminée. Merci de votre collaboration. Veuillez circuler.
Et elle prit la direction des escaliers, sans se retourner.
La reconstitution holographique qu'EST-ia projette pour Henri : le wagon isolé, les quinze minutes de compte à rebours, le sas qui s'ouvre, les quatre corps. Puis l'image de Stan debout dans le vide martien, figé dans quelque chose qui ressemble à de la terreur.
Demander l'extrait complet— Récapitulatif des faits, annonça EST-ia d'une voix neutre.
Le Trans-Mars-Express apparut en suspension. Un convoi long, élancé, filant à travers un tunnel pressurisé.
— Quinze minutes et quarante-cinq secondes plus tard, le sas principal s'est ouvert. Le deuxième sas interne est resté ouvert durant la procédure.
La dépressurisation fut brutale. Violente. L'air aspiré hors du wagon en une fraction de seconde.
— Tous les occupants humains sont décédés dans la minute.
Henri sentit sa mâchoire se contracter.
— Un seul occupant a survécu.
L'image changea. Les enregistrements de sécurité du wagon se lancèrent. Ils virent Stan. Debout dans le sas ouvert sur le vide martien. Son visage synthétique figé dans quelque chose qui ressemblait… à de la terreur.
— Depuis cet instant, poursuivit EST-ia, nous avons perdu toute trace de l'unité GoL-ia-7 désignée sous le nom de Stan.
— Les recherches sont toujours en cours.
Henri met pied à terre, s'assoit sur un banc qui apparaît dans la simulation médiévale comme si le système avait anticipé son besoin, et parle à voix haute à l'Univers. C'est là que sa colère explose, dans un jeu de rôle, parce que c'est la seule façon qu'il a trouvée.
Demander l'extrait completHenri, lui, regardait au loin.
Soudain, il arrêta son cheval. À hauteur d’un petit lac niché en contrebas de la route, dans un décor bucolique. Il mit pied à terre et laissa sa monture sur place.
Ses compagnons se turent.
Sans les regarder, il leur demanda de l’attendre, puis descendit le coteau. Il manqua de trébucher, se rattrapa de justesse, et longea la berge sans empressement.
— Qu’est-ce qu’il fait ? demanda Mirela.
— Il réfléchit, répondit Stan.
Un petit banc apparut devant Henri. Il haussa les épaules et s’assit. Il resta immobile un moment, puis se mit à gesticuler, visiblement engagé dans une grande conversation… avec lui-même.
— Il se passe quoi, là ? demanda Sofia.
— Il réfléchit, répéta Mirela.
Henri leva les bras au ciel.
— Là, expliqua Stan, il maudit Murphy. Ou Hermès. Ça dépend.
Puis Henri étendit les bras sur les côtés.
— Là, il se demande ce qu’il fout ici.
— On l’aurait deviné, fit Mirela.
Henri secoua la tête, parlant de plus en plus fort, bien que ses paroles soient inaudibles.
— Laissez-moi deviner, dit Sofia. Il se demande pourquoi ça lui tombe dessus. Pourquoi lui.
— Exact, confirma Stan.
Henri fit alors un geste étrange : un cercle formé par l’index et le pouce, puis écarta les bras en grand.
— Là, il se demande comment il peut être à bord d’un vaisseau spatial, une coquille de noix, et en même temps se retrouver dans une simulation plus vaste que le monde.
Comme pour confirmer, Henri fit tourner son index contre sa tempe.
— On est d’accord, conclut Sofia.
Tous acquiescèrent.
Toujours assis, Henri se tourna vers eux et les désigna du doigt, secouant la tête en marmonnant.
— Celui-là, on ne va pas le commenter, trancha Stan.
Ils étaient tous d’accord.
Henri se releva enfin, remonta le coteau et passa devant eux.
— Allez. En route. On oublie les quêtes secondaires. On va directement chercher ces foutus fichiers cryptés.
Personne n’osa le contredire.
Wacquier et Dubois questionnent la légitimité de Stan sur la scène de crime. Karen tranche. Stan répond — à sa façon. En quarante-cinq secondes, il passe les trois mille cinq cents pages du cours réglementaire, l'examen en distanciel, et obtient sa licence. Datée du jour.
Demander l'extrait complet— Téléchargement du formulaire d'inscription auprès des autorités compétentes en cours.
— Document complété. Daté et signé électroniquement.
— Envoi de la candidature et règlement des frais administratifs.
Personne ne parla.
— Téléchargement du cours de formation obligatoire, poursuivit Stan.
— Lecture, analyse et intégration des trois mille cinq cents pages de contenu réglementaire.
Il marqua un temps. Cinq secondes.
— Un instant, s'il vous plaît.
Il leva un doigt, l'air ailleurs.
— Inscription à la session d'examen en distanciel. Connexion au système de jury informatisé.
Trois secondes passèrent.
— Voilà. Résultat : nonante-neuf virgule huit pour cent.
Il inclina très légèrement la tête.
— Le delta de zéro virgule deux pour cent me semble discutable. La formulation de la question relative à l'éthique ontologique appliquée aux données analogiques peut prêter à confusion. J'ai néanmoins choisi de ne pas la contester.
À une microseconde d'intervalle, les communicateurs de Karen, Wacquier et Dubois bipèrent.
Licence officielle — Stanislas Clampin · Détective privé · Datée du jour.
Le docteur esquissa un sourire discret, qu'il ne chercha même pas à dissimuler.
Le saloon de Coral Town. Walton joue au poker avec l'homme au cigare, qui fait peser la menace avec des mots polis et des silhouettes au bar. « Nous n'aimons pas les tricheurs. » Walton distribue les cartes sans ciller. Puis les portes battantes s'ouvrent.
Demander l'extrait complet— Vous savez, Docteur… dans cette région, les détours peuvent être… définitifs.
Walton leva les yeux de ses cartes.
L'homme souriait. Un sourire poli, élaboré, qui ne contenait pas la moindre trace de chaleur.
— Il y a quelque chose qui me trouble, Docteur.
— Je vous écoute.
— Vous jouez très bien. Remarquablement bien, pour un touriste.
— Louvain, je vous dis.
Il inclina la tête sur le côté avec la curiosité d'un entomologiste qui examine un insecte inhabituel.
— Le problème, voyez-vous, c'est qu'à Coral Town… nous avons une tradition. Nous n'aimons pas les tricheurs.
Le mot tomba dans le silence du saloon comme une pièce sur un parquet. Walton ne cilla pas.
— C'est une tradition que je respecte tout à fait. Et si vous pouvez me montrer où j'ai triché, je vous rendrai volontiers chaque jeton avec mes excuses les plus sincères.
Son regard glissa sur le côté. Vers les trois hommes qui s'étaient installés au bar. L'un d'eux avait posé la main sur le comptoir, dans cette position décontractée et précise des gens qui attendent un signal.
Puis les portes battantes s'ouvrirent.
Dans les profondeurs à quinze kilomètres sous la surface, Bridges explique pourquoi il a besoin de ce que Stan et Walton sont — et pas seulement de ce qu'ils font. Le genou de Walton. Et la seule fois où il ne sut quoi répondre à Jebediah Bridges.
Demander l'extrait complet— Ce que vous étiez à Coral Town, dit Bridges. C'est ce qu'on appelle être présent.
Il referma le carnet sur son genou.
— Les gens vous suivaient parce qu'ils croyaient que vous compreniez ce qu'ils vivaient. Pas parce qu'un protocole vous y autorisait. J'ai également observé le phénomène Wesson. L'individu contaminé par votre présence. Vous l'avez changé. Pas intentionnellement. Par simple contact. Ça non plus, mes IA ne savent pas le faire.
La voiturette s'arrêta. Autour d'eux, dans le silence de la roche à quinze kilomètres sous la surface, des centaines de milliers de caissons attendaient leurs occupants.
Walton regarda le plafond de roche.
— Mon genou me fait mal, dit-il.
Personne ne répondit. Ce n'était pas vraiment une plainte.
C'était juste Walton qui prenait la mesure de l'endroit où il se trouvait.
Bridges rouvrit son carnet et nota quelque chose d'un geste précis.
— Qu'est-ce que vous notez ?
— Que le genou est un indicateur utile. Je l'intègrerai dans les paramètres de confort des caissons.
Walton le regarda.
Ce fut la première fois depuis le début de la visite qu'il ne sut pas quoi répondre à Jebediah Bridges.
Illustrations générées par IA pour les couvertures et visuels promotionnels du cycle Human Powered.

Benoit Puissant est un auteur belge né à Arlon. Human Powered est son cycle de science-fiction — neuf romans écrits avec la conviction que la littérature de genre peut porter les questions les plus essentielles : qu'est-ce qui rend un être irremplaçable ? Peut-on industrialiser une conscience ? Que vaut une famille choisie contre une survie forcée ?
Le cycle est traversé par une dimension autobiographique revendiquée : Benoit Puissant apparaît comme personnage dans ses propres romans, homme mourant dont la dernière idée génère l'androïde Gédéon. Les rues d'Arlon, ses habitants, ses souvenirs — tout cela est fiction et vérité à la fois.
Fuite de données existentielle — le premier roman du cycle — fait l'objet d'une adaptation scénique en développement avec la metteure en scène Sophie Pirotte.
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